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Une icône à la retraite

Dominique Mathurin prend congé de Chouffe

Après plus de 36 années d'engagement sans relâche, Dominique Mathurin, alias « le brico-man d'Achouffe » et tout premier employé, prend congé de la Brasserie d'Achouffe. Une carrière unique, ponctuée d'inventivité, de camaraderie et... d'une bonne dose d'humour Chouffe.

Un début en 1989, avec une perceuse et un rêve

Dominique a commencé en mars 1989. Il était à l'époque littéralement l'homme à tout faire de la brasserie. Avec son parcours à l'école militaire de Saffraanberg et un sens inné de la technique, il est rapidement devenu indispensable au développement de la jeune brasserie.

Son atelier — plutôt un lieu d'improvisation qu'un espace professionnel — abritait un four à pain délabré, une perceuse électrique héritée du beau-père des fondateurs, et une boîte de vis rouillées qui tombait au moindre contact et disparaissait sans laisser de traces. Mais là où les moyens manquaient, Dominique compensait largement par son ingéniosité et son ardeur au travail.

Le premier ordinateur de la brasserie était un authentique IBM-PC1 (avec double disquettes 5¼ pouces), assemblé par Chris avec des pièces d'origine. Il n'utilisait qu'un éditeur de texte. « Word » relevait encore de la science-fiction à l'époque. Ce PC-1 trônait dans le « kot » qui faisait office de bureau pour Chris. L'hiver, il gelait à l'intérieur, et quand il pleuvait, le toit fuyait directement dans l'imprimante. Celle-ci était alors séchée dans la pièce chaude.

L'homme qui pouvait porter sept bouteilles à la fois

De la conception d'outils artisanaux à la création du mythique « Kubifust » — le fût carré qui restait enfin en place — Dominique apportait de la créativité dans chaque recoin du travail. Son invention pour porter sept bouteilles simultanément est devenue légendaire. Le nettoyage de ces bouteilles au rythme de 200 à l'heure, la veille de l'embouteillage, semblait interminable. Pour rompre la monotonie, ils ont imaginé le magazine fictif « The Bottleneck News ».

Dominique Mathurin et un outil fabriqué maison, qui lui permet de porter sept bouteilles à la fois.

Des anecdotes à remplir un livre

« Je n'oublierai jamais la première commande pour le Québec : deux containers de 550 caisses de 12 bouteilles chacun. Sur chaque bouteille, il fallait ajouter au feutre un accent sur le premier "E" de "QUÉBEC"... Le remplissage des deux premiers containers était à chaque fois une aventure. Dans le container, on utilisait un transpalette flambant neuf. Moi, je devais me débrouiller avec un vieux modèle usé dont les roues tournaient à peine — l'une d'elles patinait même. J'ai lutté trois heures avec 20 palettes. Quand je suis revenu vers Chris et Pierre après le chargement, ils ont éclaté de rire. Mon visage était blanc comme un linge, j'étais complètement épuisé. »

La fameuse mission à Rochefort pour récupérer une centrifugeuse « Titan » a également alimenté les légendes. La machine fut démontée en cent pièces, chargée sur une remorque, et escortée avec pour seul réconfort de la Rochefort 10. Par miracle — et malgré la recherche inquiète des épouses ET de la gendarmerie — tout est arrivé à destination, techniciens compris et sans la moindre pièce manquante, de retour à Achouffe.

Jour et nuit, été comme hiver

Dominique travaillait dans toutes les conditions : seul, par -10°C, avec les accises à sa porte ou avec un transpalette non graissé qui faisait des siennes dans un container pour le Québec. Ce qu'il ne trouvait pas, il le fabriquait. Ce qu'il ne savait pas, il l'apprenait sur le tas. Et toujours dans l'optique d'améliorer — que ce soit pour installer un générateur de vapeur sur la laveuse de bouteilles, ou pour compter le nombre de manipulations d'un fût (25 !).

Merci Dominique. Pour tout. Ton héritage ne restera pas seulement accroché aux murs ou dans les machines, mais surtout dans les histoires qui seront encore racontées ici pendant des années. Santé, Brico-man !